Être parent sans s’oublier : reconnaître et répondre à ses besoins pour se sentir mieux

Apr 02, 2026

Par Ça va maman

 

On ne vous apprend rien lorsque l’on vous dit que la parentalité transforme bien des choses dans la vie d’une maman. Parmi les nombreux bouleversements, il y a certainement la façon dont on prend soin de soi (et la disponibilité pour le faire!). Dès que l’on devient parent, nos journées sont rythmées par les besoins de nos enfants : répondre à leurs pleurs, s’ajuster à leur rythme et leur routine. Dans tout ce tourbillon, il arrive souvent que l’on oublie nos propres besoins, ou qu’on les relègue en 8e priorité. Parfois sans même s’en rendre compte! Au point que pour certaines femmes, la question : «De quoi ai-je besoin en ce moment?» devient inexistante, inconfortable ou sans réponse.

Pourtant, prendre soin de soi, ce n’est pas un luxe ou une récompense. C’est une composante essentielle pour notre équilibre qui est directement lié à notre disponibilité pour affronter les défis de la parentalité. Toutefois, nous devons admettre que ce n’est pas toujours facile d’identifier ce dont nous avons vraiment besoin. Parfois, les signaux sont clairs, comme le manque de sommeil qui se fait sentir après plusieurs nuits écourtées. D’autres fois, c’est plus subtil : on se sent irritable, déconnectée, ou nous avons l’impression de ne plus trop savoir qui l’on est. On sent que quelque chose ne va pas, mais on commence par quoi? Bruits de criquets…

 

Comprendre la différence entre besoins et désirs

 

D'abord, il faut souligner qu'il est fréquent de confondre besoins et désirs. Les besoins sont ces éléments fondamentaux qui nous permettent de fonctionner et de nous sentir bien, tant sur le plan physique que psychologique. Ce sont eux qui, lorsqu’ils ne sont pas comblés, finissent par se faire sentir sous forme de fatigue, d'anxiété, de tristesse ou même de détresse. Les désirs, eux, relèvent davantage de l’envie, de ce qui fait plaisir sur le moment, mais qui n’est pas nécessaire à notre équilibre. Pour certaines personnes, la frontière entre les deux peut être brouillée. Ainsi, "Je suis fatiguée, j'ai besoin de me reposer" n'est pas équivalent de "Je suis fatiguée, j'ai besoin de me reposer dans un tout-inclus à Bora-Bora"! Même si avouons le, Bora Bora....ça ferait du bien!

Ceci dit, avec la maternité, on apprend (et on valorise même parfois) de mettre de côté certains besoins, parfois par peur du regard des autres ou parce que l’on veut être la maman « parfaite » qui gère tout. Il est alors facile de se déconnecter de ses propres signaux. On finit par normaliser le manque de sommeil, de temps pour soi ou de contacts sociaux, alors que ces besoins demeurent bien nécessaires, même s’ils sont moins visibles.

 

La pyramide de Maslow et les besoins fondamentaux des mamans

 

Pour mieux comprendre la diversité de nos besoins, la pyramide de Maslow est un outil qui peut être visuellement aidant. Même si Abraham Maslow, un psychologue américain, n’avait pas lui-même conceptualisé cette image, la récupération qui en a été faite aide à classer les besoins humains en différentes catégories, en partant des plus fondamentaux à ceux qui réfèrent davantage à l’actualisation de soi:

 

  • Les besoins physiologiques : dormir, manger, avoir un toit sur la tête.
  • Les besoins de sécurité : vivre dans un environnement stable, disposer de ressources financières suffisantes.
  • Les besoins d’appartenance et d’affection : se sentir aimée, acceptée, faire partie d’un groupe.
  • Les besoins d’estime : avoir confiance en soi, être reconnue dans ce que l’on fait.
  • Les besoins cognitifs et esthétiques : comprendre, apprendre, s’entourer de beauté.
  • Les besoins d’actualisation de soi : se réaliser, se sentir libre d’être soi-même.

 

Source photo: HEC Montréal

Il est important de préciser que ces besoins évoluent constamment selon la période de vie, les événements et les défis du quotidien. Par exemple, une maman qui vient d’avoir un bébé peut voir ses besoins physiologiques passer en priorité, alors qu’à d’autres moments, c’est le besoin de reconnaissance ou d’appartenance qui prend le dessus. Ceci dit, l'humain émettra plus d'énergie et d'efforts pour combler et sécuriser les besoins fondamentaux en premier. Aussi, Maslow a appelé les quatre niveaux inférieurs de la pyramide « besoins de carence » parce que nous ne ressentons rien s'ils sont satisfaits, mais devenons anxieux ou angoissés s'ils ne le sont pas. Finalement, l’important n’est pas de combler chaque "couche" de besoins à 100 %, mais d’en prendre conscience pour pouvoir tenter d’y répondre.

 

Pourquoi la parentalité rend l’écoute de ses besoins plus complexe

 

Devenir maman, c’est souvent apprendre à mettre ses besoins de côté, du moins pour un temps. Après tout, ces petits êtres tout neufs arrivent sur terre avec une grande vulnérabilité et sont grandement avides que l’on réponde à leurs besoins. La charge mentale, la fatigue, les responsabilités multiples font qu’il devient naturel de s’oublier un peu.

Avec le temps, cette nouvelle normalité s’installe au point de laisser croire qu’il est normal de fonctionner avec peu de sommeil, de ne jamais prendre du temps pour soi ou de ne pas avoir de projet personnel. Pourtant, ce n’est pas parce que l’on s’adapte aux exigences de la maternité que nos besoins disparaissent.

De plus, il n’est pas toujours facile de savoir ce dont on a besoin, surtout lorsque la routine parentale laisse peu de place à l’introspection. Pour certaines, l’absence de manques évidents rend la prise de conscience encore plus difficile. Combien de fois avons-nous entendu des mères nous dire qu’elles avaient tout; Un bébé en santé, une bonne situation financière, un.e partenaire impliqué.e, un réseau de soutien accessible….et pourtant elles trouvaient difficiles de retrouver un sentiment de bien-être? La réalité c’est que l’on ne ressent pas toujours un vide aussi tangible que la faim ou la soif. Alors nos besoins de se retrouver à l’extérieur de notre rôle de maman, de reconnecter avec nos amitiés ou de pouvoir exprimer notre créativité à travers un passe-temps peuvent passer sous notre radar. Même que, lorsqu'on arrive à les identifier, on peut rapidement les invalider.

 

 L’exploration ce n’est pas que pour les enfants!

On oublie trop souvent dans nos vies d’adulte que nous avons encore le droit (peut-être même le devoir) d’explorer, parce que oui parfois, on redécouvre des besoins en expérimentant. Essayer une nouvelle activité, retrouver une passion d’avant la parentalité, accepter de se laisser du temps pour soi tout simplement… ce sont autant de façons d’explorer ce qui nous fait réellement du bien. Nous vous rappelons ici que la maternité est une crise identitaire. Vos besoins ont évolués selon les étapes de la vie de maman que vous avez traversées. Il est donc tout à fait normal de devoir les réajuster, d’en laisser certains de côté pour un temps, puis de les retrouver plus tard (ou pas!).

Ceci dit, pour pouvoir explorer nous avons d’un élément précieux; se sentir en sécurité. Lorsque l’on se sent soutenue, que ce soit par un.e partenaire, des ami.e.s ou même la société, il devient plus facile d’oser essayer de nouvelles choses, de s’accorder du temps ou de remettre en question nos habitudes. Tout comme les enfants ont besoin de se sentir en sécurité pour jouer et découvrir le monde, les mamans aussi ont besoin d’un environnement bienveillant pour prendre soin d’elles.

 

Quelques indices que l’on s’oublie dans la parentalité

Ce n'est pas toujours évident de s’arrêter dans un quotidien chargé où chaque minute semble comptée. Mais il arrive trop souvent que lorsqu’on ne s’arrête pas, des signes commencent à se faire voir  comme :

Ces signaux sont des messagers précieux. Ils invitent à s’arrêter, à s’interroger sur ce qui manque ou sur ce qui a changé. Prendre le temps de reconnaître ses besoins, c’est aussi apprendre à ajuster son environnement pour mieux y répondre. Ceci dit, pour pouvoir le faire, la première étape est de se donner de l’espace et de la disponibilité. Quelques moments de calme, même très courts, favorisent l’introspection et la reconnexion à soi.

 

Cultiver l’introspection au quotidien, oui c’est possible!

 

L’introspection, soit le fait de s’observer, d’analyser ses sentiments, et mieux comprendre nos motivations n’est pas réservée aux séances de thérapie. Vous pouvez dès aujourd’hui créer des espaces de réflexion que ce soit en prenant quelques minutes en fin de journée pour faire le point sur ce qui a bien ou moins bien été. Parfois, c’est en prenant une marche ou en profitant d’un moment de tranquillité. Pour certaines, cela passe par l’écriture, pour d’autres par une discussion avec une amie ou un.e partenaire. Ceci dit, pour certaines mamans, les enjeux sont plus importants. Par exemple, votre tendance à vous mettre de côté a pu être renforcée par votre histoire personnelle, l’éducation reçue ou les modèles que vous avez eu. Cela peut avoir contribué dès un jeune âge à ne pas écouter certains besoins ou à ne pas les exprimer. La psychothérapie peut alors être une ressource à investir pour déconstruire certains schémas plus profonds.

L’essentiel est de trouver la formule qui fonctionne pour soi, sans se mettre de pression pour faire «comme il faut». Dans une société où tout va vite, vous aurez peut-être l’impression que c’est ennuyant, qu’il ne se passe rien ou que les réponses ne viennent pas assez vites. Il est aussi très facile de fuir l’ennui ou l’inconfort que cela peut faire ressentir, mais trop s’étourdir finit par nous couper de nos véritables besoins.

Se donner la permission de ralentir, de ressentir le manque, c’est aussi aussi un chemin pour se reconnecter à soi-même. Prendre le temps de réfléchir à ce qui est vraiment essentiel pour soi, sans jugement, aide à faire des choix plus alignés avec qui vous êtes devenues. Il ne s’agit pas de tout transformer du jour au lendemain, mais de poser de petits gestes qui, jour après jour, vous aideront à retrouver un sentiment d’équilibre qui vous ressemble

 

Rappelez-vous que la parentalité est une aventure exigeante, pleine de remises en question et d’adaptations. Prendre soin de ses besoins, ce n’est pas se montrer égoïste, c’est simplement reconnaître que vous avez, vous aussi, le droit de vous sentir bien et soutenue. S’accorder du temps, explorer ce qui vous fait du bien, ajuster vos attentes ce sont autant de façons de cheminer vers une vie familiale plus harmonieuse, où chacun trouve sa place, y compris vous. Prenez le temps de vous écouter, de vous offrir de la douceur et d’oser demander du soutien lorsque c’est nécessaire. Parce qu’une maman qui se sent bien contribue aussi une famille qui va mieux.

 

Voici en résumé quelques pistes pour vous aider à reconnecter avec vos besoins et à y répondre, dans la mesure du possible : 

  • Prendre quelques minutes chaque jour pour vous interroger sur votre  état d’esprit, ce qui a manqué ou fait du bien.
  • Vous rappeler ce qui vous faisait du bien avant la maternité et voir si cela peut être réintégré, même sous une autre forme.
  • Demander du soutien à votre entourage, en tentant de mettre de côté la culpabilité, que ce soit pour une pause ou pour répondre à un besoin.
  • Oser essayer de nouvelles activités! Explorer peut être inconfortable, mais aussi être riche en apprentissage.
  • Être indulgente envers soi-même lorsque les besoins ne peuvent pas tous être comblés.

 

Nous vous invitons à écouter notre épisode de podcast sur le sujet, disponible juste ici. 

 

Biographie

Dre Lory Zephyr, psychologue

 

Je suis une psychologue spécialisée en santé mentale maternelle, attachement et périnatalité.

Je pratique présentement en clinique privée et j’ai pu observer au fil des années comment les mères se sentaient trop souvent seules avec leurs difficultés. C’est pour cette raison que j’ai décidé de vulgariser la santé mentale maternelle. J’ai, entre autres, écrit les livres Maman en Construction (Éditions de l’Homme, 2018)Ça va, maman? (Éditions de l’Homme, 2021) et coécrit les livres Le deuil invisible (Éditions de l'Homme 2022) et Le mythe de la mère parfaite (Éditions de l'Homme, 2025)En plus d’offrir des conférences sur mes domaines d’expertise et de former des intervenants, je suis régulièrement invitée à me prononcer sur différents aspects de la vie des mamans et des familles dans les médias. Je travaille aussi étroitement avec le laboratoire d’études sur le développement de l’enfant et sa famille (Chaire de recherche du Canada sur l’attachement et le développement de l’enfant), particulièrement pour la communication avec le public.

En rencontrant Jessika, j’ai trouvé une âme-sœur qui avait le même désir d’enfin faire une place aux mères, leurs expériences et le soutien dont elles ont besoin. Avec Ça va maman nous pouvons les rejoindre directement et les accompagner dans tout ce que la maternité peut leur faire vivre.

Psst….je suis aussi une maman ;) !

 

Jessika Brazeau, journaliste

J’ai eu 3 enfants en 2 ans, je pense que c’est ce qui décrirait le mieux ma situation ! Haha! Plus sérieusement, devenir maman a été à la fois le plus beau rôle de ma vie ainsi que le plus difficile! Je ne m'attendais pas à ...ça!

Quand j’ai eu mes jumeaux, j’ai été confrontée à mes limites. Mentalement et physiquement. J’étais au bout du rouleau, j’avais clairement besoin d’aide et de réconfort, mais je ne me retrouvais pas dans ce que je voyais sur les réseaux sociaux qui me reflétait une parentalité… parfaite! Je me sentais perdue et incomprise au milieu de toutes les informations disponibles par les nombreux professionnels et blogs de mamans. J’ai alors fait la rencontre de Lory et ça a tout changé.

Ensemble, avec son bagage de docteure et le mien en tant que journaliste, on a voulu bâtir un endroit où les mamans pouvaient être elles-mêmes. Un endroit où on allait valider leurs émotions et partir de ce qu’elles sont pour les aider à trouver des outils. Un endroit où on allait leur donner l’heure juste sur les pratiques parentales. Un endroit où on allait les célébrer.  

Et Ça va maman est né! Depuis, nous avons construit ensemble de nombreuses conférences pour aider les mamans à se comprendre et se retrouver. Nous avons aussi coécrit plusieurs livres dont Le deuil invisible : se reconstruire après la perte de son enfant en période périnatale (Éditions de l'Homme, 2022) et Le mythe de la mère parfaite : se libérer de la culpabilité maternelle (Éditions de l'Homme, 2025)

 

 

 

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