Qu'est-ce que la maternité intensive (et en faites-vous partie)?

Mar 20, 2026

Par Ça va maman

Vous savez que vous ne pouvez pas être une mère parfaite...mais ressentez-vous un élan d'essayer de l'être quand même? Une partie de la cause repose sur le discours sociétal qui nous entoure et qui est teinté de la maternité intensive.  

La maternité intensive est un courant qui influence profondément la façon dont nous vivons la parentalité aujourd’hui, surtout dans les sociétés occidentales. Derrière ce terme se cache une idéologie qui s’est installée au fil des générations et qui influence encore, de façon marquée, les attentes envers les mères. À travers plusieurs épisodes de notre balado Ça va maman, et notre livre « Le mythe de la mère parfaite – Se libérer de la culpabilité maternelle », nous abordons comment cette idéologie pèse lourd sur les mamans.

La maternité intensive suppose, qu’en tant que femmes, nous sommes incomplètes sans enfants et que, dès que nous devenons mères, nous devons nous y consacrer totalement, jour et nuit. On attend de nous d’être présentes, attentives et investies à chaque instant à notre rôle. De plus, nous serions les meilleures (ou même les seules!) à bien pouvoir s’occuper de nos enfants. Jusqu’ici, peut-être que vous avez l’impression que c’est bien le nécessaire pour s’assurer que les enfants se développent adéquatement.

L’enjeu est que la maternité intensive laisse croire que notre bien-être et notre valeur passent avant tout par cet unique rôle. De plus, cette vision minimise le rôle des autres adultes, que ce soit les pères, les éducatrices en garderie ou la famille élargie auprès des enfants. On retrouve alors une forme de pression à tout porter, à vouloir tout faire et à être la référence principale, sinon unique, pour le bien-être des enfants. On dit qu’il faut un village pour élever un enfant… mais la maternité intensive nous dit que l’on devrait y arriver sans ce village. Pas besoin de vous expliquer ici comment cela peut contribuer à votre sentiment de culpabilité lorsque vous devez demander de l’aide. Dans certains cas, l’on peut aussi devenir une villageoise avec des exigences tellement élevées qu’il est difficile pour les autres de pouvoir aider.

Ces exigences élevées reposent sur un autre élément marquant de la maternité intensive, soit que la parentalité doit s’appuyer sur la consommation de contenus venant d’experts. Combien d’entre vous se retrouvent à devoir toujours chercher la meilleure information, à consulter des spécialistes pour chaque aspect du développement de leur enfant, en plus de porter une responsabilité dans le couple d’éduquer l’autre? Ce trop-plein d’informations et de conseils devient rapidement une source de stress en plus de contribuer à certains déséquilibres dans la dynamique conjugale. Bref, à travers la maternité intensive, détenir la « bonne » information, validée scientifiquement est souvent valorisé, mais on oublie de souligner qu’à force de vouloir tout faire parfaitement, beaucoup de mères finissent par s’épuiser. Il ne suffit plus d’aimer et de prendre soin de ses enfants : il faut aussi devenir une sorte de psychoéducatrice, de psychologue, d’infirmière, de nutritionniste, et bien plus encore.

 

Les conséquences de la maternité intensive sur la santé mentale

Le problème important de la maternité intensive est que cette idéologie fragilise la santé mentale des mères. Les exigences sont si élevées que, lorsqu’une mère ne se reconnaît pas dans ce modèle, elle peut se sentir coupable ou anormale. Peu importe ce que vous faites, il y a cette impression de ne jamais être à la hauteur de l’image de la mère parfaite; celle qui anticipe tous les besoins, qui est constamment auprès d’eux, qui a toutes les réponses, qui trouve son rôle facile, qui aime tous les moments.

Cette façon de voir la maternité est lourde. Surtout, elle est irréaliste.

Savez-vous ce qui soutient plutôt la maternité?

Ce qui fait du bien, c’est de se tourner vers soi, d’écouter ce qui résonne vraiment pour vous, tout en tenant compte des besoins de l’enfant et du contexte familial. L’équilibre est essentiel : il s’agit de prendre ce qui fait sens à travers la multitude d’informations qui vient à vous, de l’ajuster à votre réalité, et surtout, de ne pas vous oublier dans le processus.

On le sait, vous voulez bien faire alors vous craignez de nuire à votre enfant si vous faites un choix différent de ce qui est valorisé par la maternité intensive. Mais il est illusoire de croire que l'on peut tout prévoir ou tout maîtriser le passé, le présent et le futur de nos enfants. Vouloir tout contrôler, c’est souvent ce qui alimente une anxiété élevée et ça c’est bien l’inverse de ce qui favorise votre santé psychologique et votre bien-être.

On le répète souvent mais l’important n’est pas de viser la perfection, mais d’accepter l’imperfection, de donner ce qui est « suffisamment bon ». Et vous savez quoi? C’est justement en grandissant dans un environnement imparfait que cela favorise le développement de votre enfant.

Nos enfants ont besoin d’être exposés aux manques pour apprendre à se débrouiller. Toutes les expériences où ils demandent de l'aide, ou qu'ils trouvent seuls leur solution à des problèmes sont précieuses pour leurs  estime personnelle et leurs sentiments de fierté. Lorsque nous pallions pour eux, alors que ce n'est pas nécessaire, on leur enlève une occasion de développer et s'appuyer sur leurs propres ressources. Et ça, c’est tellement utile pour toute leur vie!

 

Repenser ses choix parentaux et trouver l’équilibre

 

Si vous souhaitez vous distancer de la maternité intensive, voici quelques pistes qui pourraient vous aider :

 

Valorisez vos réflexions : Prendre du recul sur ses choix parentaux, c’est important. Cela vous permet de considérer votre propre réalité, celle de votre enfant, de votre partenaire et de votre contexte de vie. Ce qui compte, ce n’est pas tant la solution « parfaite » ou « validées par les données probantes », mais la démarche, l’ajustement constant selon ce qui fonctionne ou non pour votre famille.

 

Sortez de votre chambre d’écho : Il est bénéfique de varier les points de vue sur la parentalité, de ne pas s’enfermer dans une bulle où tout le monde pense toujours comme vous. Discuter avec des personnes de différents âges et ayant des expériences diverses permet plutôt de prendre du recul et de mieux cibler ce qui est vraiment essentiel dans votre parentalité. Il ne s’agit pas d’idéaliser le passé ni de tout rejeter, mais de garder une posture d’ouverture.

 

Retrouver l’équilibre en s’appuyant sur ce qui est essentiel : Dans la maternité intensive, on s’attarde souvent à des micro-détails, ce qui peut vite devenir épuisant. Ce n’est pas le dévouement qui pose problème, mais bien le déséquilibre et l’épuisement que cette idéologie entraîne, pour la mère, l’enfant, le couple et la famille entière.

 

Apprenez à valoriser la simplicité : Permettez-vous de vous reposer, de ne pas tout planifier, de savourer la simplicité. Les enfants n’ont pas besoin d’une foule d’activités pour être heureux. Ce qu’ils retiennent, ce sont les moments où ils se sentent aimés, acceptés, écoutés. En toute simplicité, même dans le quotidien chaotique. Accordez-vous le droit de ne pas tout faire parfaitement, de ne pas tout contrôler. L’équilibre, c’est aussi cela : accepter que la vie de famille soit parfois imparfaite, mais riche de ces moments authentiques et partagés. 

 

La maternité intensive est une réalité qui touche de nombreuses femmes et façonne la façon dont on vit la parentalité aujourd’hui. S’en libérer, ce n’est pas renoncer à aimer ses enfants ou à s’investir pour eux, au contraire c'est retrouver un équilibre où chaque mère peut s’épanouir, à sa façon, en respectant ses besoins et ceux de sa famille. Savourez les petits moments, accueillez l’imperfection et faites confiance à ce qui se trouve déjà en vous : c’est souvent là que se trouve la clé d’une parentalité plus douce et plus équilibrée.

 

Nous vous invitons à écouter notre épisode de podcast sur le sujet, disponible juste ici. 

 

Biographie

Dre Lory Zephyr, psychologue

 

Je suis une psychologue spécialisée en santé mentale maternelle, attachement et périnatalité.

Je pratique présentement en clinique privée et j’ai pu observer au fil des années comment les mères se sentaient trop souvent seules avec leurs difficultés. C’est pour cette raison que j’ai décidé de vulgariser la santé mentale maternelle. J’ai, entre autres, écrit les livres Maman en Construction (Éditions de l’Homme, 2018)Ça va, maman? (Éditions de l’Homme, 2021) et coécrit les livres Le deuil invisible (Éditions de l'Homme 2022) et Le mythe de la mère parfaite (Éditions de l'Homme, 2025)En plus d’offrir des conférences sur mes domaines d’expertise et de former des intervenants, je suis régulièrement invitée à me prononcer sur différents aspects de la vie des mamans et des familles dans les médias. Je travaille aussi étroitement avec le laboratoire d’études sur le développement de l’enfant et sa famille (Chaire de recherche du Canada sur l’attachement et le développement de l’enfant), particulièrement pour la communication avec le public.

En rencontrant Jessika, j’ai trouvé une âme-sœur qui avait le même désir d’enfin faire une place aux mères, leurs expériences et le soutien dont elles ont besoin. Avec Ça va maman nous pouvons les rejoindre directement et les accompagner dans tout ce que la maternité peut leur faire vivre.

Psst….je suis aussi une maman ;) !

 

Jessika Brazeau, journaliste

J’ai eu 3 enfants en 2 ans, je pense que c’est ce qui décrirait le mieux ma situation ! Haha! Plus sérieusement, devenir maman a été à la fois le plus beau rôle de ma vie ainsi que le plus difficile! Je ne m'attendais pas à ...ça!

Quand j’ai eu mes jumeaux, j’ai été confrontée à mes limites. Mentalement et physiquement. J’étais au bout du rouleau, j’avais clairement besoin d’aide et de réconfort, mais je ne me retrouvais pas dans ce que je voyais sur les réseaux sociaux qui me reflétait une parentalité… parfaite! Je me sentais perdue et incomprise au milieu de toutes les informations disponibles par les nombreux professionnels et blogs de mamans. J’ai alors fait la rencontre de Lory et ça a tout changé.

Ensemble, avec son bagage de docteure et le mien en tant que journaliste, on a voulu bâtir un endroit où les mamans pouvaient être elles-mêmes. Un endroit où on allait valider leurs émotions et partir de ce qu’elles sont pour les aider à trouver des outils. Un endroit où on allait leur donner l’heure juste sur les pratiques parentales. Un endroit où on allait les célébrer.  

Et Ça va maman est né! Depuis, nous avons construit ensemble de nombreuses conférences pour aider les mamans à se comprendre et se retrouver. Nous avons aussi coécrit plusieurs livres dont Le deuil invisible : se reconstruire après la perte de son enfant en période périnatale (Éditions de l'Homme, 2022) et Le mythe de la mère parfaite : se libérer de la culpabilité maternelle (Éditions de l'Homme, 2025)

 

Recevez un peu de douceur pour votre coeur de maman

Inscrivez votre nom et votre courriel et recevez, une fois par mois, un petit mot d'encouragement.