Être maman en 2022

Nov 03, 2022

Être maman en 2022

Par Valérie Perreault, psychologue

 

Être maman en 2022, c’est d’être bombardée sur son fil Facebook par un large éventail d’informations sur la parentalité, l’attachement parent-enfant et l’éducation. Un double tranchant : très aidant parfois, mais un contenu instantané, parfois non sollicité, susceptible de générer de la culpabilité ou de l’anxiété en un seul clic.

 

Être maman en 2022, c’est de lire un texte le matin sur l’importance  d’apprendre à notre enfant à s’occuper seul le plus possible, lire un témoignage le midi qui suggère de profiter de chaque minute passée avec ses enfants en jouant à quatre pattes le plus possible et se faire dire le soir que nous exagérons la quantité de temps passé avec lui.

 

Être maman en 2022, c’est d’être tentée de se comparer aux belles photos parfaites de verger trouvés sur les médias sociaux alors que votre sortie à vous s’est avérée un vrai cauchemar.

 

Être maman en 2022, c’est de se sentir immorale, après avoir lu un livre sur la parentalité, que son bébé ait pleuré 9 secondes pendant la douche de maman, même si, simultanément, on le berçait du pied gauche en chantant trois petits chats et en faisant la danse du canard pour le faire rire.

 

Être maman en 2022, c’est de chercher à répondre à toutes les attentes sociétales en tant que parent (suivre des cours parascolaires (mais pas trop), développer le jeu libre (mais pas trop), faire des activités en famille (mais pas trop), travailler la gestion des émotions, superviser adéquatement (sans être parent hélicoptère), etc.).

 

Être maman en 2022, c’est de jongler avec les différents avis véhiculés, se faire dire qu’on n’encadre pas suffisamment son enfant, qu’on n’est pas assez sévère, qu’on le gâte trop. Et quand on intervient plus fermement, c’est de se faire répondre qu’on doit laisser les enfants être des enfants. C’est parfois de recevoir des jugements malgré toutes les meilleures interventions du monde, comme si la réaction de l’enfant était 100% attribuable à l’encadrement donné par le parent, en faisant fi complètement des enjeux bio-psycho-sociaux, du stade développemental de celui-ci et de ses caractéristiques personnelles.

 

 

Je suis maman en 2022, mais aussi psychologue. Aujourd’hui, j’ai simplement envie de te dire que tu es “assez“. Que tu n’as pas besoin d’être parfaite. Que tenter d’être parfaite, c’est une quête irréaliste qui nous expose au stress parental. Pour un enfant, un sentiment de sécurité, ça passe par de l’authenticité, par des réponses sensibles, par un encadrement, par un amour véritable et par du plaisir. Ça ne passe pas par une quantification de temps joué, ni par des réponses immédiates en toutes circonstances, ni par les dernières bottes griffées, ni par la bonne intervention, ni par un nombre d’activités parascolaires. Des sentiments de stress, d’incompétence et de découragement sont fréquemment vécus au contact des médias sociaux. Rappelons-nous que chaque famille choisira de partager un moment précis, pas la perte de patience de ce matin, ni la négociation interminable d’hier, ni une photo du parent qui doit quitter le parc avec un enfant qui pleure. Quand la comparaison semble facile, n’oubliez pas de vous ramener à votre réalité : qu’est-ce qui fonctionne le mieux pour mon enfant, avec ses attributs, sa personnalité, ses forces et ses défis, en conjugaison avec ma réalité personnelle et mes valeurs. Ayez confiance en votre jugement et en vos choix.

 

Maman, quand tout ne se passe pas comme prévu ou quand tu te remets en question, j’ai simplement envie de te dire d’être bienveillante envers toi-même, autant que tu le serais avec ta marmaille qui ne se sent pas bien.  Si ton intervention n’était pas celle que tu aurais souhaité mettre en place, dis-toi simplement qu’une erreur, c’est une expérience, pas une finalité. J’ai envie de te dire d’avoir de la compassion pour toi et toute l’énergie que tu déploies. De regarder aussi toutes les belles initiatives que tu prends et tes bons coups quotidiens. J’ai envie de te dire de laisser de côté les réseaux sociaux, les jugements et les avis non sollicités et de te reconnecter à ton intuition. D’avoir des attentes réalistes et que de faire de son mieux est suffisant. J’ai envie de te dire que la parentalité n’est pas une performance, mais un ressenti. Que ce n’est pas un sprint, mais une longue marche à ton rythme, en faisant le nombre d’arrêts nécessaires pour que cela demeure agréable. Que différents chemins peuvent être empruntés.

 

 

 

Biographie

Valérie Perreault a complété son doctorat à l’Université de Montréal, en se spécialisant dans les troubles anxieux et plus spécifiquement dans le trouble obsessionnel compulsif. Aujourd’hui, elle est psychologue auprès d’une clientèle présentant une déficience intellectuelle, un trouble du spectre de l’autisme et des troubles du comportement. Elle a aussi une expérience dans le domaine des troubles de la personnalité. Maman de deux enfants, elle porte un intérêt grandissant aux enjeux de santé mentale entourant la parentalité.

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