Les petites et les grandes règles

Oct 06, 2022

Les petites et les grandes règles

Par Dre Roxane Larocque, psychologue.

 

J’aimerais vous résumer ici un principe qui m’a été enseigné par Guy Ausloos, pédopsychiatre systémicien, lors d’un séminaire. Je n’ai pas la prétention de vous résumer sa pensée en si peu de mot, aussi, si vous souhaitez aller plus loin avec ce concept je vous suggère fortement la lecture en référence au bas de l’article.

 

Allons-y maintenant pour la version résumée :

 

L’enfant, dès son plus jeune âge à besoin d’encadrement parental. Des règles se dessinent peu à peu pour encadrer son comportement. Certaines règles sont invariables et ne dépendent ni du contexte ni du comportement de l’enfant. On ne dira jamais à un enfant : « si tu es gentil toute la semaine, tu pourras frapper ta petite sœur! » ou encore « on est la fin de semaine alors tu peux traverser la rue sans me tenir la main! » C’est une grande règle. En revanche, il existe certaines règles qui sont négociables. Par exemple, parfois on peut manger du chocolat à la collation ou encore retarder l’heure du dodo pour une soirée film/pyjama.

 

Les grandes règles deviendront des valeurs : la sécurité, la non-violence, l’empathie, etc. Les petites règles permettront de la souplesse, mais surtout le début des habiletés relationnelles, car elles entrainent de la négociation, de l’affirmation, des questionnements pour les justifier. L’enfant verra aussi qu’il n’y a pas de vérité absolue concernant les règles : parfois un parent est plus souple que l’autre, toutes les familles n’ont pas les mêmes petites règles, etc. Les bases de sa psychologie relationnelle y prendront naissance.

 

Qu’est — ce qui arrive s’il y a trop de grandes règles ?

 

Le système familial sera alors qualifié de rigide. L’enfant apprendra alors qu’il ne sert à rien de négocier, que sa parole ne sera pas entendue et qu’il gagne à obéir s’il ne veut pas avoir de conséquences. Lorsqu’un système familial est perçu de manière trop rigide par l’enfant, celui-ci aura tendance à développer des stratégies alternatives pour arriver à ses fins : les mensonges, les secrets, les cachettes. S’en suit une roue qui tourne, par exemple plus il ment, plus les règles sont rigides est plus les règles sont rigides plus il ment.

 

Qu’est-ce qui arrive s’il y a trop de petites règles?

 

S’installe alors une dynamique de chaos. Tout n’est pas permis, mais il devient difficile pour l’enfant de comprendre et prévoir ce qui sera permis. Dans l’absence d’un cadre sécurisant, l’enfant peut devenir désorienté et ne pas capter les règles essentielles au bon complément en société. Accident par impulsivité, troubles de comportements et maladresse en contexte social peuvent être des indices d’une confusion conséquente aux trop nombreuses petites règles.

 

 Qu’est-ce qui influence la proportion des petites et des grandes règles?

 

Il y a certes une multitude de facteurs liés au tempérament du parent, son histoire transgénérationnelle et aussi les évènements de vie (deuil, trauma, etc.).

 

En conclusion, l’idéal serait un amalgame de petites et de grandes règles qui s’adaptent et varient selon l’âge. Les règles seront appelées à disparaitre au fur et à mesure que l’enfant grandit. Elles auront été intériorisées : plus besoin de donner la main à votre ado lorsqu’il traverse la rue, pour sa sécurité il le fera lui-même. Pas besoin non plus de lui rappeler de manger de manière adéquate, il le fera lui-même en s’accordant des petites gâteries de temps à autre. Aussi, la bonne nouvelle c’est qu’en cas de déséquilibre, un travail peut être fait en tout temps pour assouplir ou resserrer les règles, il n’est jamais trop tard pour modifier le système familial. N’hésitez pas à consulter un professionnel pour vous accompagner dans cette démarche au besoin.

 

Biographie

Dre Roxane Larocque, psychologue, travaille comme psychologue clinicienne pour enfant et adolescent au Centre d’Évaluation Neuropsychologique de l’Est-du-Québec (CÉNEQ inc.). 

Son travail en psychothérapie vise l’accompagnement des jeunes dans l’actualisation de leur plein potentiel au-delà de leur souffrance ou de leur diagnostic. Convaincue de l’apport transformateur de l’imagination et de la créativité, elle utilise notamment la psychothérapie par le jeu et l’art auprès de sa jeune clientèle. Elle est également spécialisée en périnatalité et offre des ateliers et conférences aux parents sur divers thème reliés à la parentalité.

Son expertise professionnelle est diversifiée… tellement qu’au début de sa pratique, il y a une dizaine d’années, elle se sentait éparpillée. Jusqu'à ce qu'elle trouve finalement le fil conducteur de sa vie professionnelle : l’importance du lien. Le lien avec soi (notre estime, notre identité, nos besoins, nos histoires) et celui avec les autres (nos enfants, nos familles, notre communauté). Optimiste de nature, elle voit les périodes de bouleversements comme des occasions de mieux se connaitre et de guérir nos blessures.

Elle est maman de deux jeunes enfants et elle dit que le passage de la théorie à la pratique l’a rendue bien humble dans sa pratique et encore plus sensible au fait qu’il y a encore peu de sensibilité au vécu affectif des parents et de leurs jeunes enfants. Elle croit sincèrement à la force du soutien collectif et c’est pourquoi elle nous partage ses écrits. Pour contribuer, à petite échelle, à l’éducation et à la démystification des enjeux de santé mentale reliées à la parentalité.

 

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Référence :

Ausloos, G. (2018). Vers la compétence. Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 60, 35-52. https://doi.org/10.3917/ctf.060.0035

 

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