Grandir dans une famille sécurisante, ça ressemble à quoi ?

Apr 09, 2026

Par Ça va maman

 

La question de la sécurité d'attachement chez les enfants occupe une grande place dans les réflexions des parents d’aujourd’hui. Ce sujet, souvent abordé avec trop peu de nuances, mérite qu’on s’y attarde afin de mieux comprendre ce que c’est réellement.

 

Être parent… et la pression de tout savoir

 

Nous en avons déjà parlé, mais l’accès à une multitude d’informations sur la parentalité influence profondément la façon d’être parent aujourd’hui. Il y a quelques décennies, la plupart des parents élevaient leurs enfants selon leur intuition et leur vécu, sans forcément remettre en question chaque geste posé ou chaque parole dite. Il y avait de bons côtés à cette façon de faire, mais avouons-le, aussi de moins bons.  À notre époque, nous sommes exposées à un flux continu de conseils, d’analyses et d’expertises, que ce soit dans les livres, sur les réseaux sociaux ou dans les médias. Cette abondance d’informations peut être enrichissante, mais elle apporte aussi son lot de doutes et de pression.

 

Entre autres, on se demande si on fait bien les choses, si on donne les bonnes bases à nos enfants, ou si on risque de répéter certains schémas familiaux que l’on veut éviter. Cette pression peut malheureusement nous amener à oublier que le parent ne détient pas tout le contrôle sur le développement de son enfant. Oui, nous avons une influence importante, mais il faut garder en perspective que chaque enfant possède son propre tempérament, ses expériences uniques, et il évolue aussi à travers ses relations et son environnement.

 

Les études, notamment celles menées sur les jumeaux, montrent que même en partageant un bagage génétique et le même milieu familial, chaque enfant suit son propre chemin. Il y a donc lieu de nuancer la croyance selon laquelle un parent peut tout déterminer, ou qu’une seule façon de faire puisse garantir un résultat précis. Les réseaux sociaux, avec leurs recettes toutes faites et leurs conseils parfois contradictoires, renforcent parfois l’idée d’une causalité directe entre chaque geste posé et la personnalité ou la vie future de nos enfants. Pourtant, la réalité humaine est bien plus complexe!

 

La théorie de l’attachement : comprendre les bases de la sécurité émotionnelle

 

Développée par John Bowlby et Mary Ainsworth, la théorie de l’attachement explique que l’être humain est biologiquement programmé pour s’attacher à un donneur de soins principal, généralement le parent.

 

Au cœur de la théorie de l’attachement, deux pôles se distinguent et s’équilibrent : la proximité et l’exploration. Pour un enfant, la proximité correspond au besoin de se tourner vers son parent pour obtenir du réconfort, surtout en période de stress ou d’insécurité. L’exploration, elle, consiste à aller découvrir le monde, à jouer, à apprendre, tout en sachant qu’il peut revenir vers son parent en cas de besoin. Un environnement sécurisant permet à l’enfant de naviguer librement entre ces deux pôles. Ainsi, ce n’est pas en l’empêchant d’explorer, ni en le forçant à l’autonomie trop tôt, qu’on favorise le sentiment de sécurité chez l’enfant. C’est plutôt en lui assurant une présence réconfortante, en étant sensible et capable de répondre à ses besoins, que l’enfant développe la confiance nécessaire pour s’éloigner, puis revenir, à son propre rythme.

La théorie de l’attachement met en lumière quatre grands types de patrons d’attachement, observés chez l’enfant selon la façon dont ses besoins ont été comblés. Très (très) brièvement :

 

  1. L’attachement sécurisant : L’enfant a eu un parent capable de répondre suffisamment bien à ses besoins, ce qui lui permet de développer un sentiment de confiance envers l’adulte et envers lui-même. On voit un équilibre entre l’exploration et la recherche de réconfort lorsqu’il ressent de la détresse.
  2. L’attachement évitant : L’enfant, ayant souvent été rejeté ou ignoré lorsqu’il cherchait du réconfort, apprend à se distancier et à compter sur lui-même. L’exploration est plus investie que la recherche de réconfort en situation de détresse.
  3. L’attachement ambivalent : Ici, l’enfant reste collé au parent, parce que la réponse à ses besoins a été inconstante ou imprévisible. On observe que l’enfant exagère sa détresse, et évite l’exploration.
  4. L’attachement désorganisé : Ce patron se retrouve surtout dans des contextes de maltraitance, de négligence ou d’instabilité extrême. Le parent est à la fois source de réconfort et de détresse, ce qui rend la stratégie de l’enfant incohérente.

 

Maintenant, il faut éviter de mettre trop rapidement une étiquette sur le comportement de son enfant. Le tempérament de chacun joue un rôle, et les manifestations d’attachement s’observent surtout en période de stress. Les étapes de développement et le contexte de vie ont aussi un impact important. D’ailleurs, au niveau de l’âge, les bases de l’attachement se construisent principalement avant le premier anniversaire, mais il n’est pas figé pour la vie. Il évolue au fil des expériences et des relations significatives que l’enfant vivra, y compris à l’adolescence et à l’âge adulte.

 

L’attachement insécurisant n’est pas un trouble

 

Beaucoup de parents s’inquiètent lorsqu’ils entendent parler d’attachement insécurisant. Il est rassurant de savoir que ce n’est pas un trouble, ni une fatalité. Un attachement insécurisant représente plutôt un facteur de risque, qui peut rendre certains défis de la vie plus complexes, mais il ne détermine pas à lui seul le parcours de vie d’un enfant.

 

L’élément que l’on aborde trop peu également lorsque l’on parle d’attachement, c’est le fait qu’il est essentiel de considérer le vécu du parent. Parfois, des traumas non-résolus, des contextes de vie stressants, le fait d'avoir lui-même un attachement insécurisant ou des enjeux de santé mentale l’empêchent d’être disponible pour son enfant. Bien souvent, ce n’est pas une question de mauvaise volonté, mais plutôt le reflet d’un manque de ressources internes et externes du parent. C’est pourquoi à Ça va maman? on souligne l’importance de prendre soin du parent, pour qu’il puisse ensuite offrir un meilleur environnement à son enfant.

 

Les émotions et la place de la colère dans la famille

 

Une famille sécurisante n’est pas une famille où il n’y a jamais de conflits, ni de colère. Au contraire, il est normal de vivre des émotions fortes ou de se fâcher par moments. Nos enfants sont humains, nous le sommes aussi. Ce qui compte, c’est l’environnement global et la façon dont on gère ces moments difficiles. Vivre un épisode de mom rage ne rend pas nécessairement le climat insécurisant. C’est plutôt le cas quand un enfant vit dans un climat constamment conflictuel, imprévisible ou effrayant.

 

Alors oui, il y a de la place pour la colère, pourvu qu’elle soit comprise, réfléchie, et suivie de réparations. Il s’agit de s’interroger sur ce qui se cache derrière la colère pour mieux la prévenir : la fatigue, la surcharge, des besoins non-comblés, un manque de soutien, etc. En comprenant ses propres réactions, le parent peut ensuite expliquer, rassurer, et réparer la relation avec son enfant. Et ça, ça contribue au sentiment de sécurité.

 

La job du parent, dans ces moments, c’est d’assumer la responsabilité de réparer, de ne pas faire porter à l’enfant le poids de la relation. Être parent, c’est accepter d’être imparfait, mais aussi d’être capable de reconnaître ses erreurs, de s’excuser, et de montrer à son enfant que l’on peut surmonter les tempêtes ensemble.

 

Voir la globalité : valoriser ce qui est déjà présent

 

En tant que maman, il est facile de focaliser sur ce qui ne va pas, sur les moments où vous perdez patience ou où vous doutez de vos choix. Pourtant, il est tout aussi important de porter attention à l’ensemble de la dynamique familiale. Est-ce que votre famille est globalement aimante, stable, plaisante? Est-ce que votre enfant peut compter sur votre présence, même imparfaite ? Voilà des repères précieux pour mesurer ce qui est déjà en place et ce qui peut être amélioré, sans se laisser envahir par la culpabilité.

 

Bref, une famille sécurisante, ce n’est pas une famille parfaite. C’est un espace où l’enfant et le parent peuvent grandir ensemble, apprendre de leurs erreurs et s’offrir mutuellement la possibilité de se réparer, dans l’amour et l’authenticité.

 

Nous vous invitons à écouter notre épisode de podcast sur le sujet, disponible juste ici. 

 

Biographie

Dre Lory Zephyr, psychologue

 

Je suis une psychologue spécialisée en santé mentale maternelle, attachement et périnatalité.

Je pratique présentement en clinique privée et j’ai pu observer au fil des années comment les mères se sentaient trop souvent seules avec leurs difficultés. C’est pour cette raison que j’ai décidé de vulgariser la santé mentale maternelle. J’ai, entre autres, écrit les livres Maman en Construction (Éditions de l’Homme, 2018)Ça va, maman? (Éditions de l’Homme, 2021) et coécrit les livres Le deuil invisible (Éditions de l'Homme 2022) et Le mythe de la mère parfaite (Éditions de l'Homme, 2025)En plus d’offrir des conférences sur mes domaines d’expertise et de former des intervenants, je suis régulièrement invitée à me prononcer sur différents aspects de la vie des mamans et des familles dans les médias. Je travaille aussi étroitement avec le laboratoire d’études sur le développement de l’enfant et sa famille (Chaire de recherche du Canada sur l’attachement et le développement de l’enfant), particulièrement pour la communication avec le public.

En rencontrant Jessika, j’ai trouvé une âme-sœur qui avait le même désir d’enfin faire une place aux mères, leurs expériences et le soutien dont elles ont besoin. Avec Ça va maman nous pouvons les rejoindre directement et les accompagner dans tout ce que la maternité peut leur faire vivre.

Psst….je suis aussi une maman ;) !

 

Jessika Brazeau, journaliste

J’ai eu 3 enfants en 2 ans, je pense que c’est ce qui décrirait le mieux ma situation ! Haha! Plus sérieusement, devenir maman a été à la fois le plus beau rôle de ma vie ainsi que le plus difficile! Je ne m'attendais pas à ...ça!

Quand j’ai eu mes jumeaux, j’ai été confrontée à mes limites. Mentalement et physiquement. J’étais au bout du rouleau, j’avais clairement besoin d’aide et de réconfort, mais je ne me retrouvais pas dans ce que je voyais sur les réseaux sociaux qui me reflétait une parentalité… parfaite! Je me sentais perdue et incomprise au milieu de toutes les informations disponibles par les nombreux professionnels et blogs de mamans. J’ai alors fait la rencontre de Lory et ça a tout changé.

Ensemble, avec son bagage de docteure et le mien en tant que journaliste, on a voulu bâtir un endroit où les mamans pouvaient être elles-mêmes. Un endroit où on allait valider leurs émotions et partir de ce qu’elles sont pour les aider à trouver des outils. Un endroit où on allait leur donner l’heure juste sur les pratiques parentales. Un endroit où on allait les célébrer.  

Et Ça va maman est né! Depuis, nous avons construit ensemble de nombreuses conférences pour aider les mamans à se comprendre et se retrouver. Nous avons aussi coécrit plusieurs livres dont Le deuil invisible : se reconstruire après la perte de son enfant en période périnatale (Éditions de l'Homme, 2022) et Le mythe de la mère parfaite : se libérer de la culpabilité maternelle (Éditions de l'Homme, 2025)

 

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